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Quand on ne peut plus faire son travail comme on voudrait

« Je sais ce qu'il faudrait faire, mais je n'ai plus le temps de le faire correctement. »

Cette phrase pourrait être prononcée dans de nombreux métiers.

Un professionnel connaît son travail, sait ce qui lui paraît important, mais doit composer avec des délais plus courts, des objectifs parfois contradictoires, des procédures qui se multiplient, des outils qui changent ou des moyens qui diminuent.

Il ne s'agit pas nécessairement d'un manque de motivation. Parfois, c'est même l'inverse : la difficulté vient précisément du fait que la personne tient à son travail et à sa qualité, mais ne parvient plus à agir comme elle estime qu'il faudrait le faire.

Le travail ne se résume pas à ce qui est fait

Lorsque nous parlons du travail, nous regardons souvent ce qui est visible : les tâches réalisées, les résultats obtenus, les objectifs atteints.

Mais l'activité réelle est plus large. Travailler, c'est aussi choisir, ajuster, prioriser et parfois renoncer. C'est trouver des solutions lorsque les consignes ne suffisent pas ou lorsque plusieurs exigences entrent en contradiction.

Il y a également ce que l'on aurait voulu faire, ce que l'on aurait pu faire, mais que les conditions de travail n'ont pas permis de réaliser.

Dans ses travaux, le psychologue du travail Yves Clot met notamment en avant la notion de qualité empêchée. Elle conduit à regarder non seulement ce qui est effectivement accompli, mais aussi ce que le professionnel estime nécessaire pour faire un travail de qualité et qu'il ne parvient plus toujours à réaliser.

Quand la qualité du travail devient difficile à défendre

Prenons une situation simple : un professionnel sait qu'un échange avec un client, un patient, un usager ou un collègue mériterait davantage de temps, mais le rythme de l'activité lui impose d'aller plus vite.

Ailleurs, des objectifs quantitatifs peuvent limiter les possibilités de vérifier son travail aussi attentivement qu'on le souhaiterait. Dans d'autres situations, la multiplication des procédures ou des outils peut réduire les marges de manœuvre de professionnels pourtant expérimentés.

Le problème ne tient donc pas seulement à la quantité de travail à réaliser. Il concerne aussi la possibilité de faire un travail que l'on considère comme satisfaisant, utile ou de qualité.

Lorsque ces arbitrages deviennent fréquents, une tension peut progressivement apparaître entre ce que l'on fait réellement et ce que l'on estime qu'il faudrait pouvoir faire.

Remettre le travail en discussion

Face à ces difficultés, la réponse ne consiste pas toujours à demander à chacun de mieux « gérer » la situation individuellement.

Il peut être utile de revenir au travail lui-même : qu'est-ce qu'un travail bien fait dans cette situation ? Quelles contraintes empêchent aujourd'hui de le réaliser ? Quels arbitrages sont faits au quotidien ? Quelles marges de manœuvre pourraient être retrouvées ?

Ces questions permettent de déplacer le regard. Il ne s'agit plus uniquement de se demander comment la personne pourrait s'adapter davantage, mais aussi comment le travail pourrait être discuté, organisé ou transformé.

Parfois, des pistes très concrètes émergent : revoir une priorité, modifier une procédure, partager une manière de faire ou simplement rendre visibles des difficultés jusque-là peu exprimées.

Et quand ces questions deviennent personnelles ?

Lorsque ces tensions amènent à s'interroger sur sa propre place, son évolution ou la suite de son parcours, prendre du recul peut devenir nécessaire.

Quelques questions peuvent alors aider à préciser ce qui devient difficile : qu'est-ce qui me donne encore le sentiment de faire du bon travail ? Qu'est-ce que je ne parviens plus à faire comme je le souhaiterais ? Qu'est-ce que je voudrais retrouver dans la suite de mon parcours ?

Elles permettent notamment de distinguer un besoin de changer de métier d'un besoin de retrouver d'autres conditions pour l'exercer : davantage de temps, d'autonomie, de reconnaissance ou de possibilités d'agir.

Dans ce contexte, le bilan de compétences peut offrir un espace pour faire le point. Il ne modifie pas l'organisation du travail et n'a pas vocation à résoudre les difficultés qui en relèvent. Il peut en revanche aider à mieux comprendre ce qui compte dans son activité, à identifier ses compétences et ses ressources, et à examiner les possibilités d'évolution qui correspondent davantage à ses attentes.

Et lorsque le travail se transforme ?

Cette question prend une importance particulière dans une période où les métiers et les façons de travailler évoluent rapidement.

Les nouveaux outils numériques, l'automatisation et l'intelligence artificielle peuvent faciliter certaines tâches. Mais ils peuvent aussi modifier les manières de faire, les compétences mobilisées, les arbitrages du quotidien et les critères selon lesquels chacun juge la qualité de son travail.

La question ne consiste donc pas seulement à savoir si un outil permet de gagner du temps, mais aussi à s'interroger sur ce qu'il permet de mieux faire et sur ce qu'il peut, à l'inverse, rendre plus difficile dans l'activité.

Dans notre prochain article, nous nous intéresserons à la manière dont les nouveaux outils numériques, et notamment l'intelligence artificielle, transforment le travail et les façons de l'exercer.

Si ces questions autour de la qualité du travail et de votre évolution professionnelle résonnent avec votre situation, je vous propose un premier échange, gratuit et sans engagement, afin de faire le point ensemble. Prendre rendez-vous.

Référence

Clot, Y. (2010). Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux. La Découverte.

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